

@ilona_shramko
1 Octobre, 2026
WONÁ Concept & Eva Lendel
« WONÁ parle toujours d’elle, avant toute chose. »
Ilona Shramko — WONÁ Concept & Eva Lendel
De l’atelier familial de Lviv à une présence internationale, Ilona Shramko a fait grandir WONÁ Concept et Eva Lendel autour d’une même vision de la mariée, tout en donnant à chacune des deux maisons une identité propre. Structure et corseterie chez WONÁ Concept, lignes épurées et minimalisme contemporain chez Eva Lendel : deux écritures qui se répondent. À l’occasion de la collection El Jardín del Edén, Ilona Shramko nous parle de ses origines, de création, mais aussi d’une évolution plus discrète et profonde : celle d’une production qui interroge désormais ce qu’elle laisse derrière elle.
« Les standards que nous nous étions fixés au commencement restent ceux qui nous guident aujourd’hui. »
Wedding Magazine : WONÁ est née dans un atelier familial à Lviv. Qu’est-ce qui, de ces premières années, continue encore aujourd’hui à définir votre manière de créer ?
Ilona Shramko : Cet héritage continue de façonner profondément notre manière de travailler. Dès le départ, tout reposait sur le savoir-faire, l’attention portée aux détails et une approche très personnelle de chaque cliente.
Toutes nos robes sont confectionnées en Europe, avec une production profondément ancrée en Ukraine et une place essentielle accordée au travail manuel. Nous travaillons notamment autour de corsets structurés, d’une construction très précise et d’un contrôle qualité rigoureux à chaque étape.
Avec le temps, nous sommes devenus une entreprise internationale, mais l’essentiel n’a pas changé. Les standards que nous nous étions fixés au commencement restent ceux qui nous guident aujourd’hui.
WM : Le nom WONÁ signifie « Elle » en ukrainien. Que représente aujourd’hui ce mot pour vous ?
IS : « Elle » a toujours eu pour nous une signification très directe. Ce n’est pas une idée abstraite.
Elle représente notre cliente, notre personnage principal, la femme pour laquelle nous créons. Tout ce que nous faisons se construit autour d’elle : sa vie, ses émotions, son moment.
Cela n’a pas changé. WONÁ parle toujours d’elle, avant toute chose.
« Tout ce que nous faisons se construit autour d’elle : sa vie, ses émotions, son moment. »
WM : WONÁ Concept et Eva Lendel possèdent chacune une identité très affirmée. Comment définiriez-vous ce qui les distingue ?
IS : WONÁ Concept se définit avant tout par la structure. C’est un univers de corseterie, de silhouette et de construction.
Eva Lendel exprime davantage un minimalisme contemporain : des lignes plus épurées, une impression de légèreté et des silhouettes plus naturelles, plus spontanées.
Les deux maisons sont différentes, mais elles naissent d’une même compréhension de la mariée.
El Jardín del Edén
WM : Quel a été le point de départ de El Jardín del Edén ?
IS : Tout est parti du lieu lui-même et du lien que nous entretenons avec lui : Barcelone, son atmosphère, son histoire.
L’idée de l’Éden est ensuite venue naturellement, comme un prolongement de cette inspiration, une manière de rendre hommage au lieu et à l’émotion qu’il suscite.
WM : Quelle émotion souhaitiez-vous transmettre à travers cette collection ?
IS : L’idée est à la fois très concrète et plus intérieure.
L’Éden évoque une sensation de beauté, de calme et de présence. Un espace où tout semble vivant, où tout est en fleurs.
Nous avons traduit cette impression dans la collection aussi bien par l’émotion que par le langage visuel : la douceur, le mouvement, la lumière et une certaine sensation de liberté.
WM : Y a-t-il une robe, une silhouette ou un détail qui incarne à lui seul l’essence de la collection ?
IS : Ce n’est pas une robe en particulier qui la définit.
L’essentiel réside plutôt dans la cohérence de l’ensemble : la manière dont les silhouettes, les textures et les détails dialoguent pour créer une même sensation.
« L’Éden évoque une sensation de beauté, de calme et de présence. Un espace où tout semble vivant, où tout est en fleurs. »
Créer avec davantage de conscience
WM : À quel moment la question de la durabilité est-elle devenue une démarche volontaire dans votre processus de production ?
IS : Nous avons commencé à travailler véritablement sur cette question il y a environ un an.
À mesure que notre production s’est développée, les volumes de matières utilisés ont naturellement augmenté, tout comme les chutes qui en résultent. Nous sommes pleinement conscientes du fait que la mode fait partie des industries qui ont un impact réel sur l’environnement.
Nous avons donc décidé d’aborder cette question de manière structurée.
WM : Qu’est-ce que cette évolution a changé pour vous, sur le plan créatif ou opérationnel ?
IS : Elle n’a pas changé notre manière de concevoir les collections.
En revanche, elle a modifié notre façon de penser ce qui se passe après la production. Les matières qui ne peuvent pas être réutilisées en interne sont désormais envoyées au recyclage, transformées puis réemployées sous différentes formes afin de connaître une seconde vie.
WM : Cette démarche a-t-elle également influencé la manière dont vos équipes envisagent leur travail et les collections ?
IS : Elle a surtout changé notre manière de réfléchir collectivement.
Il ne s’agit pas d’imposer des limites à la création, mais d’introduire davantage de responsabilité et de conscience dans notre façon de travailler : réfléchir à ce que nous faisons, à la manière dont nous produisons et à ce qu’il advient ensuite des matières utilisées.
WM : La mode met naturellement en lumière la pièce achevée. Pourquoi est-il important pour vous de porter également un regard sur tout ce qui précède ce résultat ?
IS : Parce que le processus fait partie du produit.
Si l’on souhaite construire quelque chose de responsable et de durable sur le long terme, il devient impossible de dissocier les deux.
« Le processus fait partie du produit. »
WM : Cette initiative a notamment permis de transformer certaines matières issues de votre production en couchages destinés aux animaux du Patron Pet Center, à Kyiv. Qu’a représenté ce projet pour vous ?
IS : Ce projet a rendu toute la démarche extrêmement concrète.
Aujourd’hui en Ukraine, de nombreux animaux se trouvent dans des refuges et des centres d’accueil et ont besoin de conditions élémentaires de confort et de soins.
Il était important pour nous de partir de ce que nous avions déjà — les matières issues de notre propre production — pour les transformer en quelque chose d’utile, capable d’apporter du confort.
C’est un geste simple, mais sa portée est bien réelle.
WM : Considérez-vous cette démarche plus responsable comme une contrainte ou, au contraire, comme une nouvelle possibilité ?
IS : C’est incontestablement une opportunité.
Il s’agit de prendre de meilleures décisions et de regarder au-delà du résultat immédiat. Même de petites évolutions peuvent, avec le temps, produire un véritable impact.
WM : Le bridal demeure un univers profondément émotionnel, fait de rêve, de projection et d’intimité. Comment concilier cette dimension avec une approche plus consciente ?
IS : Le mariage reste profondément émotionnel, et cela ne change pas.
Ce qui évolue, c’est ce qui se trouve derrière cette beauté : faire en sorte qu’elle repose sur une manière de produire plus réfléchie et plus responsable.
« Le mariage reste profondément émotionnel. Ce qui évolue, c’est ce qui se trouve derrière cette beauté. »
L’avenir
WM : Comment imaginez-vous cette démarche façonner l’avenir de WONÁ Concept et Eva Lendel ?
IS : Pour nous, il s’agit d’une orientation de long terme.
Ce n’est pas une initiative ponctuelle. Nous avons mis en place un processus, nous travaillons désormais dans ce cadre et, étape après étape, nous continuerons à le développer tout en cherchant de nouvelles manières d’aller plus loin.
